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Bienvenue dans mon cabinet de curiosités, interstice où vous pourrez parcourir de brèves chroniques de mes écoutes, lectures, déambulations et autres découvertes.
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21 juillet 2008 1 21 /07 /juillet /2008 19:30
Voilà ci-dessous un article lu dans le journal Libération aujourd'hui, qui semble illustrer rigoureusement le propos du documentaire dont je parlais dans mon précédent article.
En complément, je ne peux que vous inviter à lire aussi les textes de George Orwell sur la politique, la communication et la falsification.

SILENCE SUR TAPIE ET LES VOITURES BRÛLÉES

par Daniel Schneidermann
lundi 21 juillet 2008

Attention à la nouvelle, vous ne l’avez pas entendue à la télé : 600 voitures ont brûlé en France, au cours des deux nuits de festivités du 14 juillet. Le chiffre est en augmentation par rapport à l’an dernier. Parmi les villes touchées, la cité d’Asnières (Hauts-de-Seine). Au cours de violents affrontements, un commissaire de police a été grièvement blessé à l’œil par un «engin pyrotechnique».

Quatre jeunes ont été jugés après ces affrontements, en comparution immédiate (aucun des quatre n’étant directement impliqué dans la blessure du commissaire). Tous ont été condamnés à de la prison ferme, y compris deux d’entre eux qui niaient avoir participé à tout affrontement. D’après l’avocate d’un des jeunes condamnés, le procureur de Nanterre en personne était venu assister à l’audience, et s’était placé dans le fond de la salle. Sans doute par désœuvrement. Simultanément, on apprenait que deux policiers s’étaient suicidés dans la région parisienne.

Quoi de commun entre toutes ces nouvelles ? Aucun rapport direct. Mais cette caractéristique commune : en été, elles n’intéressent pas les journaux télévisés, chaînes privées et chaînes publiques mêlées. De tout ce qui précède, les 20 heures n’ont pas soufflé mot. La France explose doucement, en silence, paisiblement. Tout va bien. Parlons plutôt du terrible scandale du dopage sur le Tour.

Une autre nouvelle. Après que Sarkozy, fraîchement élu, a tordu la main à l’organisme chargé de gérer les dettes du Crédit lyonnais, le CDR, celui-ci a remballé les dossiers qu’il s’apprêtait à nourrir contre Bernard Tapie, et l’affaire a été confiée à une sorte de justice privée, appelée «tribunal arbitral». Lequel tribunal a accordé quelque 285 millions d’euros à Tapie (le même Tapie, d’ailleurs, qui avait appelé à voter Sarkozy en 2007). Ces centaines de millions seront payées par les contribuables. La manigance a été dénoncée haut et fort par le Canard enchaîné et le Nouvel Obs, plus discrètement par le Monde. François Bayrou s’est enflammé au micro de RTL. C’est tout. Ces nouvelles-là, non plus, n’intéressent pas le journal télévisé.

Parlons plutôt du terrible suspense : Jack Lang va-t-il voter la révision constitutionnelle ? Les journalistes ont la tête ailleurs. Les journalistes, leurs organisations, leurs penseurs, leur ministre Madame Albanel, sont mobilisés sur un sujet : la mise en examen d’un collègue exerçant au magazine Auto Plus (groupe Mondadori, propriété de Berlusconi). Auto Plus a publié des photos d’un prototype de Renault, prises illégalement par un salarié du constructeur.

D’après une source judiciaire, ces photos auraient été payées par le journal à ce salarié indélicat, entre 1 200 et 1 500 euros pièce. Renault a porté plainte contre X, en expliquant à Libération que si ses «coups de génie», comme la Scénic ou la Twingo, étaient éventés trois ans à l’avance, il n’y aurait plus de coups de génie.

Dans le cadre de cette enquête, donc, Bruno Thomas, d’Auto Plus, a été placé quarante-huit heures en garde à vue, et mis en examen de cinq chefs différents : «recel d’abus de confiance», «contrefaçon par édition ou reproduction d’écrit de dessin ou toute autre production au mépris des lois et règlements relatifs à la propriété de son auteur et recel», «contrefaçon par diffusion d’œuvre de l’esprit au mépris des droits d’auteurs et recel», «acquiescement aux sollicitations de corruption et complicité de ce chef», «révélation du secret de fabrique et recel». Vives protestations dans la profession. Jusqu’à Reporters sans frontières, pourtant avare de ses interventions concernant les irréprochables médias français, qui exige la «libération immédiate» du journaliste.

Sans doute, dans toutes les rédactions, y a-t-il de jeunes journalistes, qui croient encore à leur mission d’informer, et ne comprennent pas que personne ne leur demande de couvrir les affrontements d’Asnières, le procès en comparution immédiate, ou bien l’affaire Tapie. Peut-être même l’ont-ils proposé à leurs supérieurs. Sans doute se sont-ils entendus répondre : «Mais enfin, les gens sont en vacances. Après l’année qu’ils viennent de passer, tu crois vraiment qu’ils ont envie d’entendre parler de toutes ces histoires ? Et puis, on n’a pas de place, aujourd’hui c’est dossier dopage.»

De quoi les citoyens ont-ils davantage besoin ? D’être informés sur l’explosion de basse intensité des banlieues, sur l’affaire Tapie, ou bien de voir en avant-première mondiale le futur éventuel modèle de chez Renault ?

Qu’est ce que l’information ? Voilà de beaux sujets de méditation pour l’été.

Ramassage des copies le 18 août (la chronique Médiatiques s’interrompt jusque-là).

www.liberation.fr
www.arretsurimages.net

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